“SPREADING JOY”… en rangeant une pile de CDs, je tombe sur cet enregistrement jubilatoire de Sidney Bechet (une de ses nombreuses compositions). Littéralement, on peut le traduire par tartiner de la joie, comme on étalerait du beurre de cacahuètes sur une tranche de pain, mais là il s’agit plutôt de semer (le geste du semeur…) ou diffuser (des ondes…) de la joie. C’est exactement ce que l’on ressent à Châtel-Guyon pendant le Festival “Jazz aux Sources”.
Ce n’est pas étonnant que le jazz New-Orleans ait eu autant de succès en France après la libération, en accompagnant l’explosion de joie qui l’a suivie. A la Nouvelle-Orléans, les fanfares ramenaient les gens du cimetière en jouant la musique la plus joyeuse qui soit pour qu’ils oublient au plus vite leur tristesse. “ Blow your blues away”… Le jazz des origines est sans doute l’une des musiques les plus gaies qui aient jamais existé : jumpin’ jive, swing, boogie-woogie, New-Orleans revival, le rire de Louis Armstrong, les fantaisies géniales de Fats Waller et de Slim Gaillard, les scats délirants de Cab Calloway et de Léo Watson, les orchestres de Kid Ory et bien d’autres, qui n’engendrent pas la mélancolie. On en constate les effets à travers des chorégraphies comme Hellzapoppin et autres “clips” de l’époque qu’on peut trouver facilement sur “You tube”. (on peut aussi trouver tous les artistes précités… du bonheur !)
Pendant “Jazz aux Sources”, les musiciens jouent pour faire plaisir et se faire plaisir. Dès les premières notes de la Parade, les sourires illuminent les visages, les groupes de danseurs ondulent dans une joyeuse sarabande colorée, les pieds des claquettistes martèlent le bitume…
Viens danser, viens danser, viens danser !!! Pendant quatre jours de joie pure jusqu’à ce que tes jambes ne puissent plus te porter ! Vous qui ne dansez pas (pas encore… il y a des stages pour débuter…), écoutez ce jazz qui retrouve là son rôle de musique de danse : il n’en est que meilleur !
“Jump for joy!”
Christian Vaudecranne
Directeur artistique